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Métayage et agriculture d'autosubsistance : l'arrangement a medias à San Lucas Quiavini (Oaxaca)

Au début du 20ème siècle, le métayage est une pratique foncière courante dans les haciendas des Vallées Centrales de l'état de Oaxaca (Mexique). Sous cette forme, il disparaît dans les années 1930 avec la réforme agraire, qui conduit au morcellement des grands domaines et à la distribution de leurs terres. Il reste cependant pratiqué au sein des communautés villageoises. Cette étude consacrée à la communauté zapotèque de San Lucas Quiavini offre l'opportunité de mieux comprendre cet arrangement institutionnel dans le contexte des Vallées Centrales des années 1990. Plus qu'à une description structurelle, ce texte s'attache à expliciter les logiques économiques qui conduisent les acteurs à céder ou non, ou à prendre ou non, une parcelle en métayage. A un premier niveau, ces pratiques sont configurées par un jeu d’interactions entre des dotations en facteurs de production (attelage, terre, capacité de travail familiale et/ou de supervision d’une main d’œuvre rémunérée, trésorerie), le contexte agro-écologique et économique immédiat (incertitude agro-climatologique, imperfection du marché des locations d'attelages, contrainte de crédit) et des logiques d’acteurs telles que les stratégies d’autoapprovisionnement et de minimisation des débours monétaires, l’attitude face au risque de production, une logique “d’autorestriction”. Ces déterminants “de premier niveau” renvoient eux-mêmes à une série de déterminants de niveau supérieur : (i) le fait migratoire, dont l’incidence est ambivalente, pouvant tant favoriser l’offre de faire-valoir indirect, en ponctionnant la capacité de travail familiale et/ou de supervision d’une main d’œuvre rémunérée, que contribuer à la réduire, les transferts migratoires pouvant être utilisés pour le paiement de manœuvres ou l’achat de terres en propriété; (ii) le développement d’activités locales hors-exploitation, dont l’incidence sur les modes de faire-valoir est également, pour les mêmes raisons, ambivalente; (iii) les préférences organoleptiques, l’imperfection du marché du maïs “criollo”, les stratégies “safety first” et de minimisation des débours monétaires se combinent pour expliquer l’objectif d’autoapprovisionnement; (iv) ces stratégies elles-mêmes renvoient à plusieurs sources d’incertitude (agro-climatique, futurs termes de l'échange des revenus monétaires, etc.), aux faibles excédents agricoles, à un niveau d'accumulation réduit, à la dimension du groupe de consommation, à un raisonnement économique valorisant différemment un peso déboursé et un peso potentiellement gagné, etc. La rationalité des pratiques foncières n’est donc pas à rechercher dans un simple déterminant (coûts de transaction, risque, incitation, information imparfaite, pour reprendre des éléments fréquemment évoqués par les théories économiques contemporaines des contrats agraires), ni même dans un compromis entre deux déterminants-clés (e.g. réduction du risque versus réduction de l’incitation), mais dans le jeu complexe d’une combinaison de facteurs.



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Mise en ligne : 18 décembre 2012 | Mise à jour : 19 décembre 2012 | Auteur : Jean-Philippe Colin